Intelligence artificielle : expérimenter pour mieux encadrer

Sélectionnée pour participer à l’expérimentation nationale du dispositif Mistral ESR, l’université engage une réflexion collective sur l’IA. Entre élaboration d’une charte, réflexion sur les usages et leurs conséquences, avant des tests concrets, l’établissement mise sur une approche réfléchie et maîtrisée.

Interview - Laurent Piccinini, vice-président délégué au Numérique

L’Université de Montpellier Paul-Valéry a été retenue pour expérimenter Mistral ESR. En quoi consiste ce projet ?

L’expérimentation de l’outil français Mistral ESR s’inscrit dans une dynamique nationale portée notamment par l’Agence de mutualisation des universités et des établissements d’enseignement supérieur (AMUE), qui accompagne les établissements d’enseignement supérieur dans l’appropriation de solutions d’intelligence artificielle. Concrètement, nous allons disposer d’un premier ensemble de 80 licences permettant à des personnels volontaires de tester, dès cette année, cet outil dans leurs activités quotidiennes.

L’enjeu est de saisir les opportunités offertes par les usages de l’IA et d’interroger tous ses champs d’application (recherche, pédagogie, administration). Nous devons également construire la maîtrise de ses usages, aussi bien existants qu’à venir, pour qu’ils ne mettent à mal ni nos conditions de travail ni notre système d’enseignement supérieur et de recherche.

Pourquoi avoir choisi de passer par une phase d’expérimentation avant de généraliser les usages ?

Parce que l’intelligence artificielle ne peut pas être déployée de manière abstraite ou descendante. L’IA reste fondamentalement un outil dont les impacts dépendent avant tout des choix d’usages. Ces derniers, que l’on peut imaginer, ne vont pas de soi et demandent à être discutés. Les expériences menées ailleurs le montrent : tous les cas d’usage ne sont pas pertinents.

Le rapport récent de la Cour des comptes sur la mise en place de l’IA au sein de France Travail illustre bien cela : une part importante des expérimentations n’aboutit pas. D’où la nécessité de tester, d'évaluer la pertinence et les conséquences, et parfois d’abandonner certaines pistes.

À l’Université Paul-Valéry, nous faisons le choix d’une approche réfléchie, qui laisse une place centrale aux retours des personnels au plus près des réalités du terrain.

Quels seront les grands principes de cette démarche expérimentale ?

Ce n’est pas l’outil qui doit primer mais l’humain.  Nous avançons selon trois axes principaux : d’abord, partir de l’expertise des personnels dans leur travail ; ensuite, organiser le dialogue pour faire émerger besoins, craintes et suggestions afin d’anticiper les conséquences ; enfin, suivre et analyser les impacts des usages, qu’ils soient positifs ou négatifs.

Cette méthode suppose un accompagnement : formations en amont, groupes d’expérimentateurs, élaboration collective des usages envisagés, bilan. L’IA doit rester par ailleurs un outil maîtrisé, et non subi.

Au-delà de Mistral ESR, d’autres pistes sont-elles explorées ?

Oui, en parallèle, une réflexion est menée en interne pour déployer des solutions open source, notamment à travers la direction des systèmes d’information et du numérique. Cela permettrait d’avoir des alternatives maîtrisées localement et sobres, en cohérence avec nos exigences en matière de données, d’indépendance technologique, et de maîtrise énergétique.

Quel calendrier pour cette phase d’expérimentation ?

Un appel à participation sera lancé très prochainement afin de constituer des groupes d’expérimentateurs dans les services et composantes pour toutes les catégories de personnel. L’idée est d’engager rapidement des tests concrets, tout en se laissant le temps nécessaire à l’analyse.

Au moment où une Charte est en cours de validation dans nos différents conseils, quel est votre avis sur l’IA à l’université ?

Les discussions autour de la Charte, préalable nécessaire, révèlent des attentes de la part de la communauté.

Notre objectif est de construire un cadre pour maîtriser les usages sans freiner l’innovation, en intégrant des dimensions clés comme le respect du RGPD, la souveraineté des données ou encore la responsabilité sociale. Cette première version de la Charte est amenée à évoluer après cette expérimentation.

Peut-on déjà dire vers quel modèle d’intégration de l’IA l’université se dirige ?

Nous ne cherchons pas à aller vite, mais à aller juste. L’intégration de l’IA à l’Université de Montpellier Paul-Valéry sera progressive, fondée sur l’observation, l’évaluation et notre vision de l’université avec ses valeurs.

Ce travail ne s’arrêtera pas à cette première phase. Il s’inscrira dans la durée, avec une étude approfondie des usages à l’échelle de l’établissement, mais aussi en dialogue avec d’autres universités, en France et à l’international.

L’IA évolue très rapidement. Notre cadre devra donc rester adaptable, nourri en permanence par les pratiques et les retours d’expérience. C’est à cette condition que nous pourrons en faire un levier utile, au service de nos missions d’enseignement, de recherche et d’administration.

Dernière mise à jour : 02/04/2026